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« ERIC ET SES MASQUES»
(Extrait du cas)

Par : Anne BOHL – Psychomotricienne et
Juan Carlos DER DADJADIAN - Psychothérapeute

Eric a actuellement 9 ans, il a été reçu en consultation à la demande de ses parents pour une aide en psychomotricité, sa trisomie étant mise en avant pour justifier les difficultés massives qu’il présentait : absence de langage, marche non acquise. L’enfant avait alors 2 ans.
L’axe que nous avons choisi de vous exposer montre une série de répétitions qui nous semblent, renfermer pour cet enfant, la question de son existence. Question qu’il pose à l’aide de son être, à l’endroit de l’Autre.
Ce qui est en scène depuis sa naissance, ce qu’il met en scène, donne à voir, c’est sa trisomie, mais celle-ci n’est pas uniquement la cause des rejets dont Eric est l’objet. Il s’agit du rejet de sa position, de son accolement, de son comportement sans limites au prix de mettre sa vie en danger en réveillant l’angoisse, insupportable pour ses parents et pour les autres.
Plusieurs événements dans son existence ont été ponctués du désir de mort exprimé par ses parents :
1) L’enfant âgé de 10 mois, subit une opération cardiaque. Son père dira qu’il avait souhaité que sont fils ne se réveille pas.
2) Suite à cette opération, sa mère se montre angoissée en voyant l’enfant allongé sur le canapé. Elle croit qu’il est en train de mourir et le ramène à la vie par ses cris.
3) L’enfant, s’enfermant dans une salle de bain où il y avait des produits toxiques, réveille chez les parents une forte angoisse. Ils font Intervenir les pompiers et police secours.
4) Eric évoque pendant une séance la peur de la “grand-mère”. Les parents associeront “la grand-mère” à la mer où l’enfant a failli se noyer dans un “grand rouleau”.

Parallèlement le comportement de Eric est sans limites. Il se met en danger et risque sa vie à plusieurs reprises.
Il nous semble que ses agissements dans leurs répétitions sont une question que Eric a dû se forger pour interroger l’Autre, et que nous pouvons formuler ainsi :
Dis moi, jusqu’où je peux aller, quelle est la limite de mon existence ?
Dans cette série de répétitions et face à une nouvelle impasse, les parents parviennent à subjectiver que Eric leur est insupportable (projet de placement).
Eric tente de compléter l’autre dans un accolement sans limites, pas de médiation entre lui et sa mère, entre lui et son père, entre lui et la psychomotricienne. Cet enfermement dans la relation duelle s’est vérifié pendant les séances où, une fois à l’intérieur du lieu de travail, il se refusait énergiquement à en sortir : lieu clos et relation fermée qui a motivé la demande d’intervention d’un tiers.
Notre préoccupation a été de pouvoir décentrer l’enfant de cette position.
Il est alors proposé à Eric une psychothérapie dans un travail mené conjointement avec la psychomotricienne.
Eric est ainsi confronté à un redoublement de l’image du couple parental.

DU PSYCHOTHÉRAPEUTE

Le psychothérapeute a été d’emblée identifié par Eric comme un témoin, gênant sa relation avec la psychomotricienne.
Pendant les séances, il manifeste son refus du travail. A chaque fois qu’il est confronté à une exigence, Eric monte sur l’espalier pour accoler sa bouche au tuyau chaud du chauffage. Puis il s’endort.
Par la suite, son refus se manifeste par des tentatives d’éliminer le psychothérapeute en lui souhaitant des accidents ou des maladies qui l’empêcheraient de venir en séance.

L’usage des différents masques fut pendant longtemps sa façon de se défendre face à la menace que représentait l’Autre.
* Être un animal, Eric apportait les pantoufles de son père en marchant à quatre pattes et en les prenant dans sa bouche.
* Être différents personnages surhumains, Super Mann, Flash, Bioman.
* Être pinochio.
* Être un pendu.
* Être un mongolien.
D’abord il remonte dans l’usage de ses masques vers l’humanité. Ensuite il les décline successivement jusqu’à celui où son être est emprisonné.
Le masque du pendu marque un tournant important dans sa cure.
Eric apporte un livre donné par sa mère où figure l’image d’un pendu. Il monte à l’espalier, utilise des cordes et fait des mimiques où il louche et tire la langue.
La caricature du mongolien vient se confondre avec l’image du pendu.
Ce livre, cordon le reliant à sa mère, la corde du pendu, avec laquelle il jouait, la mimique mongolien pendu vont faire l’objet d’interprétations auxquelles pour la première fois, Eric va être sensible.
Ensuite, dans ses dessins la corde ou le cordon, avec lequel il relie tous les éléments de ses dessins devient une bouche, mais cette fois ci, pas une bouche qui cherche s’accoler à l’Autre mais une bouche en colère.
Bouche en colère qui lui permet de verbaliser ce qui avait été sa place dans sa relation avec la psychomotricienne :

Se jetant par terre il dit, “Je suis le bébé de Madame BOHL”

C’est à ce moment que nous identifions l’introduction d’un tiers.
Cette symbolisation a introduit un double mouvement dans la cure, d’abord elle a opéré comme tiers terme ensuite elle situe l’enfant dans une place différente. C’est lui maintenant qui occupe une position tierce face au couple des thérapeutes et de ses parents. Aux “PapaRouf” et “MamanMeline” qu’il prononçait sans aucune coupure signifiante, se sont substitués, Papa et Maman, qu’il peut maintenant appeler aussi bien distinctement, qu’en les réunissant : mes parents.

La coupure opérée par la symbolisation a introduit la notion de limite.
1) Celles de l’extérieur et de l’intérieur.
Celle-ci s’applique d’abord au lieu et au temps des séances, puis chez lui : avant d’entrer dans la chambre de ses parents, Eric frappe maintenant à la porte, ainsi qu’il a, parallèlement cessé d’entrer intempestivement chez ses voisins.
2) Celle de la différence des sexes : Hommes et Femmes
Eric s’introduit dans la différence comme étant un garçon. Côté femmes, il met en série, ses soeurs, sa mère et sa mamie, et interroge aussi la suite des générations, le grand père, son père et lui.
Parallèlement ses parents nous font part des changements : Eric ne se met plus en danger. Dans la rue; il calcule les risques, éprouve maintenant la peur, il a commencé à pleurer quand il est frustré, à sentir la douleur sur son corps.
A la maison, il joue dans la salle de jeux, maintenant porte fermée, il ferme aussi la porte de sa chambre en laissant allumée la veilleuse, se déplace pour aller aux toilettes en allumant et éteignant chaque fois qu’il traverse une pièce.
Ces changements par rapport à la peur, sont constatés aussi pendant les séances. Le danger est projeté sur le psychothérapeute, Eric se défend imaginairement avec un bout de bois. Ses combats il les mène sur un espace bien délimité, n’outrepassant jamais ses limites, et encore une fois sous différents masques, (être comme Flash, être Bioman, etc...)
Il nous dit alors :

“Je suis un petit mongolien et je veux être un monsieur”

Cette nouvelle symbolisation produit des effets :
Nous constatons une formation de l’inconscient dans l’oubli du nom du thérapeute, et à partir de là, dans ses jeux Eric élabore la perte en s’introduisant dans le cérémonial de l’enterrement de son grand père maternel. Il va devant la tombe de son grand père avec sa mamie, celle-ci dépose des fleurs et des larmes, en disant à son mari “je t’aime” et lui Eric, dépose une lettre.
Un jour, à la fin d’une séance il veut nous payer, cherchant dans ses poches des pièces imaginaires. Là, nous lui demandons de payer mais avec une pièce réelle. Nous lui en fixons le prix. 20Cts. qu’il apporte en deux pièces de 10Cts. Une pièce pour chacun. Depuis qu’il a commencé à payer ses séances Eric a pu abandonner ses luttes et ses masques.

De “Je suis un petit mongolien” être complet dans le “je suis” tel qu’il a été localisé par l’Autre médical à la troisième semaine de sa naissance, il passe par cette symbolisation à un être écorné : “Je veux être un monsieur”.

Tout le travail est maintenant situé dans l’ouverture que nous offre ce manque.


 


 

 

Juan Carlos Der Dadjadian
www.jcdd-psy.com

 


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