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« Que faut-il pour qu'il y ait traumatisme psychique ?»
(Extrait du texte)

* par Juan Carlos Der Dadjadian

Pour qu'il y ait traumatisme psychique il faut que le sujet ait fait une rencontre. Pas n'importe quelle rencontre, une rencontre insensée, qui demande au sujet de produire une réponse, c'est-à-dire de produire du sens. Quand le savoir dont le sujet dispose se trouve en défaut pour donner du sens à cet événement quel qu'il soit mais causant en tous les cas un traumatisme, c'est le symptôme qui y répond.
Le symptôme se constitue comme réponse, c'est un mode de substitution. Il apparaît, comme point d'arrêt à une série de répétitions où le sujet avait été déjà confronté à cette même difficulté.
Alors quel est cette rencontre et ces rencontres traumatiques qui s'inséreront dans une série qu'on appelle répétition :

Premièrement, quand le jeune sujet rencontre le fait que sa mère est une femme, c'est à dire qu'elle ne possède pas le pénis qu'il lui avait attribué.
Deuxièmement, l'ignorance du vagin qui l'amène à penser que si l'enfant se trouve dans le ventre de la mère, c'est qu'elle a mangé quelque chose, et l'enfant ne peut sortir que par l'orifice anal.
Troisièmement, quand l'enfant se rend compte des ébats sexuels, sa perception est incomplète et il vit cela comme un acte agressif, comme une lutte entre les sexes.
Si le père est capable d'une telle action, c'est quelqu'un à craindre. Ici apparaît pour le sujet la question de sa propre castration, reliée dans l'après-coup à la castration de la mère. En effet, si la mère n'a pas cet organe, il déduit qu'elle en a été privée par le père.
« Complexe de castration dans l'inconscient masculin », et « penisneid dans l'inconscient de la femme », nous dit Lacan.
Des aléas de ces rencontres dépendront le choix que le sujet fera de sa structure:
* Dénégation face au complexe : névrose.
* Déni face au complexe : perversion.
* Forclusion face au complexe : psychose.
Le dictionnaire Robert nous donne les définitions suivantes :
Dénégation : « Refus de reconnaître comme sien un désir, un sentiment jusque-là refoulé, mais que le sujet parvient à formuler ». Le sujet divisé par cette négation face au complexe parviendra à formuler une question. Le désir du sujet s'égalera ici à une question.
Déni : « C'est le refus de reconnaître une réalité dont la perception est traumatisante pour le sujet ». Le sujet divisé par ce déni du complexe, va avoir affaire, quant au désir, au phallus. Au phallus positivé. Les exemples sont variés : le fétiche, les lettres qu'André Gide a adressées à sa femme etc.
Forclusion : « Mécanisme psychique par lequel des représentations insupportables sont rejetées avant même qu'elles soient intégrées à l'inconscient du sujet ». Le sujet, divisé face à cette forclusion du complexe, aura, quant au désir, affaire au corps.

Selon la position du sujet face au complexe, ces trois rencontres, tour à tour, le confronteront à formuler des explications, et à passer par des théorisations diverses. Le seul texte de Freud que j'ai trouvé ayant dans le titre le mot "Trauma" est un texte qui figure dans les Oeuvres complètes de Freud en Espagnol : c'est un texte de 1916/17 leçon N° XVIII "La fixation au trauma. L'inconscient".
Freud a observé que les névroses traumatiques provoquées en temps de guerre, avaient une certaine analogie avec les névroses apparues en temps de paix comme conséquences des catastrophes ou des accidents ayant mis en péril la vie du sujet. Il trouve un point de conjonction entre ces névroses et celles apparues spontanément : la fixation.
La fixation est le trait commun de ces trois modalités de névrose. Je le cite : "Cette fixation à une phase déterminée du passé outrepasse les limites de la névrose». A ce sujet, il ajoute : "A la lumière de ce que nous avons exposé il nous est permis de croire que la névrose n'est qu'une conséquence d'une sorte d'ignorance de certains processus psychiques.."
Puis Freud fait l'éloge d'une découverte de Breuer où celui-ci trouve une autre corrélation : je cite "entre le sens du symptôme qui est inconscient et l'apparition ou la persistance du symptôme il y a une relation d'exclusion réciproque".
Sens (inconscient) et symptôme (conscient) s'excluent réciproquement; dans cet intervalle gît quelque chose qui est ignoré par le sujet, et a quoi il reste fixé. Freud à cette époque ne peut pas aller plus loin et espère que des avancées futures éclaireront ce point.
De 1917 nous passons à aujourd'hui, 1997. Eric Laurent et Jacque-Alain Miller dans leur Séminaire « L'Autre qui n'existe pas et ses Comités d'éthique », font référence à ces questions et plusieurs passages du Séminaire m'ont permis d'éclairer le texte de 1917.

La "fixation" est abordée dans le cours du 28 février 97, et l'ignorance qui s'y attache, dans le cours du 12 mars 97. Cette dernière reprend la phrase célèbre de Lacan " Il n'y a pas de rapport sexuel" . J.A. Miller élabore un graphe qui, me semble-t-il, pourrait nous permettre de faire une lecture de la découverte de Breuer sur "l'exclusion réciproque" entre le sens qui est Inconscient et l'apparition des symptômes, découverte que Freud considère comme étant la base du traitement psychanalytique.
Jacques-Alain Miller dessine un triangle orienté vers le bas.
A gauche il situe l'Impossible, c'est-à-dire qu'il n'y a pas un savoir pré-inscrit sur la sexualité, c'est la formule lacanienne "il n'y a pas de rapport sexuel" qu'il écrit NRS, côté Inconscient donc.
A droite il situe l'apparition des symptômes comme nécessaire; le nécessaire répond ici a l'impossible.
Entre les deux, à l'angle dirigé vers le bas, il situe le contingent, c'est-à-dire la rencontre avec la jouissance et avec l'Amour.
J.A.Miller dit : " Dans la psychanalyse on part de ce sens qui est ignoré vers un savoir qui est élaboré. S'il y a, pour chacun de ceux qui parlent, du symptôme, alors ça veut dire qu'au niveau de l'espèce, il y a un savoir qui n'est pas inscrit dans le réel. Et précisément qu'au niveau de l'espèce qui parle, il n'est pas inscrit dans le réel un savoir qui concerne la sexualité. C'est-à-dire qu'à ce niveau là, il n'y a pas, ce qu'on appelle Instinct, qui dirige le sujet, de façon invariable et typique pour une espèce, vers le partenaire. S'il y a Symptôme, alors il n'y a pas rapport sexuel, il y a non-rapport sexuel, c'est-à-dire qu'il y a une absence de savoir dans le réel concernant la sexualité.
Ce dont nous avons l'expérience, par la psychanalyse, c'est la fonction déterminante dans chaque cas, d'une rencontre, d'un aléa d'un certain hasard, qui conditionnera ensuite le mode sur lequel le sujet se rapportera à la sexualité.
Dans tous les cas, la jouissance sexuelle se présente sous les espèce, du traumatisme, c'est-à-dire précisément comme non préparé par un savoir, comme non harmonique à ce qui était déjà là, qu'il n'y a pas un savoir pré-inscrit dans le réel à cet égard.
Et c'est en cela qu'elle met en évidence l'absence de savoir dans le réel, quand il s'agit de la sexualité et de la jouissance. Elle met en évidence un certain ce n'est pas écrit, ça se rencontre."
Cette rencontre traumatique est ce point que Freud avait isolé comme étant le même dans toutes les manifestations symptomatiques suite aux traumatismes, qu'il a désigné par "Fixation". Lacan l'épingle comme étant du côté du réel, rencontre et fixation de jouissance.

Effectivement, quand le jeune enfant commence à se poser la question d'où viennent les enfants ? , il se confronte à ce non savoir pré inscrit dans l'inconscient sur la sexualité, moment traumatique qui l'oblige à s'engager dans un long parcours de théorisations diverses jusqu'à aboutir à élaborer un savoir qui lui conviendra pour parer à ce défaut.
Une fillette de cinq ans que j'ai reçue en consultation me disait qu'elle aimait beaucoup manger, qu'elle mangeait de tout sauf des tomates; quelques séances après elle imaginait que sa mère pouvait avoir un enfant dans son ventre, et que pour cela elle avait dû manger beaucoup de tomates, pleines de petites graines. Quand elle sera grande et qu'elle aura envie d'être une maman, elle en mangera aussi.
Pour un petit garçon, il était question que sa mère enceinte à ce moment, avait mangée des bananes; pour un autre c'était de la purée. Le père apparaît d'abord comme devant être là pour que la maman ne soit pas toute seule. Après, les enfants commencent à penser que c'est le père que aurait donné à manger à la maman, à l'occasion avec une fourchette etc.
Voilà en quelques grands traits ce qu'il faut pour qu'il y ait traumatisme psychique. C'est sur ces préalables que les nouvelles rencontres feront irruption et affecteront le corps ou l'âme des sujets en souffrance. Ici souffrance est à entendre dans le sens large du terme, comme quelque chose qui attend qu'on en soit délivré.
Le trauma causé par la rencontre du sujet avec la sexualité sera le noeud central autour duquel s'inscriront plus tard, les événements traumatiques qui feront irruption d'une façon insensée, puisque impensable, dans la vie du sujet.
Face à la souffrance des sujets, présence symptomatique, Freud oppose à l'idée des traitements psychiatriques de son époque le point de vue de la psychanalyse. Il nous dit : "De tels symptômes et représentations nous conduisent infailliblement à la conviction de l'existence de l'inconscient psychique, et c'est la raison pour laquelle la psychiatrie clinique, qui ne connaît qu'une psychologie de la conscience, ne sait s'en tirer qu'en déclarant que ces manifestations ne sont autre chose que des produits de la dégénérescence».

Et Freud nous donne une indication pour son traitement : "Quand le médecin fait part à son patient de ses découvertes, il n'obtient aucun résultat positif, autrement dit, le seul résultat qu'il obtient consiste, non à supprimer les symptômes, mais à initier le traitement analytique, les premiers renseignements pour que cela soit possible proviennent des contradictions et des négations que le patient lui-même fournit. Celui-ci sait maintenant quelque chose qu'il ignorait jusque là, c'est-à-dire que ses symptômes ont un sens, mais il ne sait pas plus qu'avant quel est ce sens. » En effet, le médecin suppose que les symptômes du patient ont un sens, le patient, lui, suppose que le médecin dispose d'un savoir sur le sens de ses symptômes. C'est dans l'équivoque de la rencontre de ces deux supposés que le travail analytique peut commencer.

 


 

 

Juan Carlos Der Dadjadian
www.jcdd-psy.com

 


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